Défi écrit dans le cadre de l'Avent des Conteurs 2025
Standard (jusqu'Ă 1.000 mots)
Objet/chose « micro »
Émotion/état « tristesse »
Couleur « miel »
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Léonard traîna des pieds, depuis les toilettes jusqu’au salon.
La télévision éclairait froidement la pièce, soulignant d’ombres crues la moindre fissure dans le mur. La couleur du fauteuil, au tissu rapiécé à plusieurs endroits, hésitait entre l’ocre crade et le marron sordide.
La comédie musicale « Chantons sous la pluie » ne parvenait pas à réchauffer l’atmosphère. C’était pourtant une scène comique, que Léonard appréciait habituellement. Celle où la comédienne zozotante se faisait une fois de plus rappeler qu’elle devait parler « ... dans le micro... dans le buisson ! ». L’actrice répondit de sa voix de crécelle, comme toujours, ce qui aurait dû arracher un rire franc à ce grand bonhomme à la carrure de gorille.
Pourtant, cette fois, Léonard ne ressentit qu’une lassitude grandissante. Il s’affala dans le monstre de velours, dont l’assise était si usée qu’il sentait les ressors sous ses fesses. Le tissu rêche frotta contre ses jambes nues et sa tête cogna contre le bois apparent en haut du dossier.
Le film s’acheva en un clignement de paupière. Après le générique, un défilé impressionnant d’absurdités neuro-agressives déroula son tapis rouge. Malgré ses yeux fatigués, aux capillaires éclatés, Léonard ne lâcha pas le tube cathodique.
Des heures plus tard, sa vessie se rappela encore une fois à lui et il se leva. En revenant, il s’arrêta dans la cuisine maculée de taches et aux odeurs immondes de nourriture avariée. Entre les piles d’assiettes sales et les sacs de déchets éventrés par les cafards, il trouva de quoi se confectionner un repas. Pain rassis, miel, escargots. Il contempla son œuvre : « Depuis quand je mange ça ? »
Les émissions avec des candidats gloussant comme des poules avaient laissé la place aux débats interminables d’éminents inconnus à propos de sujets aussi éminemment obscurs qu’une nuit sans lune.
Léonard était fasciné.
Puis, une idée presque claire s’insinua dans ce flot d’inepties et, le temps d’une milliseconde, une pensée cohérente éclaira le regard de Léonard : « Que m’arrive-t-il ? »
L’instant d’après, la routine s’imposa à nouveau, et le trentenaire quitta son fauteuil pour rejoindre son lit.
Léonard traîna des pieds, depuis les toilettes jusqu’au salon.
La télévision soulignait d’ombres crues la moindre fissure dans le mur. La couleur du fauteuil hésitait toujours entre l’ocre sale et le marron écœurant.
La tristesse avait remplacé la lassitude.
Léonard avait le cœur brisé. Des dessins animés joyeux, aux contes féeriques, en passant par les comédies burlesques, rien n’apaisait sa peine. De gros sanglots secouaient sa carcasse, et une montagne de mouchoirs détrempés grignotait avec assiduité le moindre centimètre encore libre dans la pièce.
Dans la cuisine collante de graisse, du pain, du sucre, des mollusques.
Les heures s’égrenèrent sur une partition de pleurs, de lamentations et de gémissements, assourdissante et inaudible : personne n’écoutait son chagrin à faire pleurer les pierres.
Il alla se coucher, les yeux toujours larmoyants, l’eau salée coulant jusque dans sa bouche.
Un doute s’insinua dans ses dernières pensées avant de sombrer dans le sommeil : « Ai-je fait le bon choix ? », sans qu’il en saisisse le sens...
Léonard traîna des pieds, depuis les toilettes jusqu’au salon.
La télévision, comme la lame affûtée d’un couteau, découpait toujours chaque ombre de la pièce. Ce monstre de fauteuil conservait sa couleur abjecte.
La peur l’étreignait jusqu’au tréfonds de son âme. Les notes enjouées du concert du Nouvel An, les symphonies pastorales et les opéras italiens se succédèrent.
Ramassé en boule tout au fond du fauteuil, Léonard sursauta à chaque coup d’archet un peu plus haut, ou au bong grave de la grosse caisse.
Une nouvelle journée commençait.
Devant son cadran fluorescent, Sigma-7 notait chaque mouvement avec un sérieux tout mathématique. Chaque micro-expression de Léonard était fidèlement consignée. Chaque geste circonstancié. Chaque émotion analysée.
Sa vie finirait archivée dans les méandres numériques infinis du Choego, le Tribunal Suprême. Ainsi, l’ensemble de sa condamnation était documentée comme le voulait la Loi.
Léonard avait choisi : la mort ou...

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